Mimi Touré sur la loi d’amnistie: « Le pardon revient aux victimes, à leurs familles, et non à l’Etat »

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« On ne sait même pas de quoi il s’agit… », a déclaré Aminata Touré qui dénonce l’ « opacité » autour de la loi d’amnistie. Elle était l’invitée, ce dimanche 3 mars, de l’émission « Objection » sur la radio Sud Fm.

 

 

 

« La loi d’amnistie personne ne sait quel est le contenu à part ce que le président Macky Sall a dit. On ne sait pas de quoi il s’agit. Mais il y a 2 choses qu’il faut séparer et qu’on essaye de confondre, c’est la libération immédiate et sans condition de responsables prisonniers politiques qui n’auraient jamais dû être en prison… Certains prisonniers politiques, comme le candidat Ousmane Sonko, ont vu deux décisions de justice ignorées, affectant leur participation aux élections », a expliqué Aminata Touré.

 

 

Détention arbitraire de Sonko et Diomaye

D’après elle, « Ousmane Sonko devrait être libre de même que Bassirou Diomaye Faye et tous les autres. Toutes les charges qui pèsent sur eux devraient être abandonnées. Ça n’a rien à voir absolument… Mais on va parler d’une amnistie, mais de qui ? Je ne peux pas vous dire qui est là dans la loi d’amnistie. Est-ce que les gens qu’on a vu tirer sur des jeunes et se réfugier dans certains locaux. Donc on fait amnistie de quoi ? Moi je ne suis en tout cas pas pour qu’on amnistie ceux qui ont volontairement tiré sur des enfants, sur des jeunes qui ont perdu la vie à la fleur de l’âge. Moi je suis contre l’impunité. Cela n’a rien à voir maintenant avec ces leaders politiques qui devraient être libérés ou en tout cas qui devraient bénéficier de leurs droits. Il y a eu 2 décisions de justice non appliquées ».

 

 

« C’est aux victimes d’accorder le pardon… »

 

 

« La réconciliation ne doit pas être une excuse pour effacer les responsabilités et les faits, mais plutôt un processus fondé sur la vérité et la reconnaissance des délits. La politique appelle à reconstruire les liens intergénérationnels et la confiance entre les jeunes et les personnes âgées… La réconciliation nécessite de comprendre les responsabilités, de rechercher la vérité et de donner la parole aux victimes et à leurs parents… Le pardon doit venir des victimes et de leurs familles, et non d’une décision d’amnistie de l’État… Mais avant d’y arriver, oui, il faudra qu’on sache les responsabilités. Et ce n’est pas en effaçant tout ça, en l’enterrant. Une loi d’amnistie c’est des faits. Aujourd’hui, il faut quand même qu’on situe les responsabilités, savoir qui a tort, qui a raison avant de pouvoir pardonner. Ce sont les victimes et leurs parents qui pardonnent, ce n’est pas l’État qui vient et dit on efface tout et on s’en va. Ça ne fonctionne pas comme ça. Un État de droit répond aux aspirations de justice de tous les membres de la société et particulièrement des victimes », a soutenu Mme Touré.

 

 

La responsabilité morale de Macky Sall engagée !

 

 

Mimi Touré estime ainsi que « les faits qui se sont passés en tant que citoyenne, en tant que mère était horrible, notamment ces 4 jeunes qui sont morts après le report de l’élection c’est insoutenable. Et ça, le président Macky Sall a la responsabilité morale. Quoi qu’on dise, on aurait pas reporté l’élection, il y aurait pas eu de manifestation pour défendre la Constitution et certainement on n’en serait pas arrivés là. Je suis tout à fait d’accord qu’on aille vers la réconciliation. Mais avant ça, il faut qu’on sache, qu’on situe les responsabilités et qu’on donne la parole aussi aux parents des victimes, au fond, c’est eux qui doivent pardonner… Qu’on sache qui étaient les commanditaires, qui étaient les facilitateurs, qui étaient les exécutants ».