Me Mame Adama Guéye: « Il n’y a pas d’excuse, tous les assujettis doivent déclarer leur patrimoine »
Me Mame Adama Guèye se dit « scandalisé » par le nombre de personnes assujetties à la déclaration de patrimoine et qui n’ont pas respecté leur obligation. Invité du « Grand Jury » ce dimanche 16 août 2026, l’avocat estime que ces manquements sont d’autant plus graves que les personnes concernées occupent des responsabilités importantes.
« J’étais scandalisé parce que, pour deux raisons, les personnes concernées occupent des responsabilités importantes, sont assujetties à la loi. Une violation de l’État de droit venant de responsables de ce niveau, c’est absolument scandaleux », a-t-il déclaré.
Pour le membre du « Sursaut Citoyen », l’OFNAC doit désormais appliquer les dispositions prévues par la loi à l’encontre des personnes qui ne se sont pas acquittées de leur obligation. Il appelle notamment à aller jusqu’à la révocation lorsque les conditions prévues par le texte sont réunies. « J’encourage l’OFNAC à mettre en œuvre toutes les dispositions prévues par la loi pour sanctionner ces assujettis défaillants et notamment les dispositions prévues en ce qui concerne la révocation », a-t-il insisté.
L’avocat rappelle que l’OFNAC peut notifier le défaut aux autorités concernées et que celles-ci doivent, dans un certain délai, prendre les mesures prévues. Une application effective de ces dispositions permettrait, selon lui, de « donner un signal fort ». « C’est un défi à la loi et on ne doit pas laisser passer un défi à la loi parce que la violation de l’État de droit est inacceptable dans une démocratie », a-t-il martelé.
»Il n’y a aucune excuse… »
Interrogé sur le cas d’Abdoulaye Bathily, ancien ministre et membre du cabinet du président de la République, qui ne se serait pas acquitté de son obligation, Me Mame Adama Guèye refuse d’y voir une circonstance atténuante pour les autres personnes concernées. « Il n’y a aucune excuse. Ce n’est pas parce que des personnes du cabinet de la Présidence de la République l’ont fait que d’autres ont une excuse pour le faire », a-t-il répondu.
À ses yeux, l’obligation s’impose à tous les assujettis, quel que soit leur niveau de responsabilité. « Dès qu’on est assujetti, on doit se soumettre à la loi. Quand on a des responsabilités de ce niveau et qu’on est assujetti, on doit simplement se soumettre à la loi », a-t-il affirmé. L’ancien président du Forum Civil attend également une position ferme du chef de l’État. « J’espère que le président de la République sera ferme sur cette question », a-t-il déclaré, estimant que la sanction prévue doit être appliquée lorsque les conditions légales sont réunies. « Quand on a des responsabilités et qu’on viole la loi, qu’on viole l’État de droit, la sanction qui doit s’appliquer, c’est la révocation », a-t-il conclu.
»La question fondamentale aujourd’hui, ce n’est pas l’efficacité de la loi »
Sur les critiques visant les éventuelles faiblesses de la loi sur la déclaration de patrimoine, Me Mame Adama Guèye estime qu’il est prématuré de remettre en cause le dispositif. « Moi, je pense que la loi telle qu’elle est est déjà assez bonne », a-t-il soutenu. Selon lui, la priorité est d’abord de faire appliquer les dispositions existantes.
»La question fondamentale aujourd’hui, ce n’est pas la question de l’efficacité de la loi », a-t-il expliqué, rappelant que le texte prévoit une obligation de déclaration ainsi qu’une liste précise de personnes assujetties. Il estime ainsi que l’OFNAC doit poursuivre l’application rigoureuse des dispositions qui relèvent de sa compétence, tandis que les autres autorités concernées doivent également appliquer les mesures prévues par la loi. « Que l’OFNAC applique rigoureusement la loi à son niveau et que les autres autorités qui peuvent être concernées, notamment par la révocation, appliquent aussi la loi rigoureusement à leur niveau », a-t-il préconisé.
L’Office national de lutte contre la corruption (OFNAC) a publié, mardi 11 août, les listes des agents publics sénégalais soumis à l’obligation de déclaration de patrimoine selon les institutions. Une liste qui a fait apparaître plusieurs centaines de déclarants et un nombre important de personnes en situation de défaillance. À la Présidence de la République, 17 agents sont cités sur la liste des assujettis défaillants. Au ministère des Forces armées, près de 145 autres assujettis sont recensés comme défaillants.