Le Sénégal face à une reconstruction nécessaire (Contribution) Par Serigne Mbacké
Le Sénégal se trouve à un tournant décisif de son histoire, marqué par des défis politiques, économiques et sociaux sans précédent. Après une période d’instabilité qui a affaibli le pays, une fenêtre d’opportunité s’ouvre pour amorcer une transformation profonde et durable. Le modèle de développement qui se dessine aujourd’hui ambitionne de tourner la page d’un système prédateur et foncièrement corrompu, en mettant au cœur de ses priorités l’éthique, la justice et le progrès inclusif. Il s’agit désormais de bâtir un avenir où la croissance économique s’accompagne d’une amélioration tangible des conditions de vie des citoyens, tout en rétablissant la confiance entre les gouvernants et les gouvernés.
Ainsi le Sénégal doit répondre à des enjeux structurels majeurs : la réforme de l’éducation, la lutte contre la pauvreté, la modernisation de l’économie, et la gestion plus responsable des ressources naturelles.
Alors nous proposons un cadre de réflexion pour orienter les décisions politiques à travers un Modèle de Développement (MD) ambitieux, capable de relever ces défis à l’horizon 2035, en créant une société plus équitable et résiliente.
Les défis de l’éducation
Le présent système éducatif constitue l’un des principaux freins au développement endogène du Sénégal. Il est nécessaire de rectifier les choix inadaptés en matière de curricula, ainsi que la mauvaise gestion des ressources humaines, en particulier la présence d’enseignants non qualifiés recrutés via des quotas sécuritaires, ont contribué à une dégradation de la qualité de l’enseignement. De plus, les infrastructures scolaires ne suivent pas le rythme de l’évolution démographique, exacerbant les inégalités dans l’accès à l’éducation. Ainsi il serait intéressant de serier les contingences pour une bonne prise en charge.
Les urgences à traiter
Outre les défis éducatifs, le Sénégal doit faire face à plusieurs problèmes cruciaux, notamment :
• Mauvaise gestion d’une économie extravertie trop dépendant de ressources extérieures, couplée à une corruption généralisée ;
• Insécurité et chômage chronique ;
• Émigration irrégulière ;
• Gestion foncière conflictuelle constituant une bombesociale ;
• Accords de pêche désastreux et en défaveur des nationaux ;
• Endettement excessif multiplié par six au cours des douze dernières années ;
• Déficit d’industrialisation ;
• Gouvernance sécuritaire de nos systèmes d’information publics ;
• Secteur informel dominant ;
• Transport cahoteux et désorganisé ;
• Octroi irresponsable des permis miniers.
Ces questions nécessitent des solutions immédiates et définitives pour assurer un avenir stable et prospère pour tous les Sénégalais. Pour remédier à ces insuffisances et manquements, il urge de construire un modèle servant de fil conducteur.
Modèle de Développement (MD) :
Une nouvelle ère pour le Sénégal
Ce modèle propose une vision novatrice pour pallier les fragilités causées par la mauvaise gouvernance chronique qui a marqué le Sénégal depuis les années d’indépendance. Il vise à relever les nouveaux défis et à réaliser des choix stratégiques pour la prospérité du pays à l’horizon 2035.
Ce modèle ou ce nouveau référentiel s’articule autour de quatre principaux axes de transformation pour pallier aux fragilités et ruines marquant le contexte socio-économique.
1. Transformation structurelle de l’économie
Le MD vise à diversifier l’économie sénégalaise en la transformant en une économie productive, créatrice de richesses et génératrice d’emplois de qualité. Les principaux leviers de cette transformation incluent :
•Libéralisation et soutien de l’initiative privée ;
• Amélioration de la compétitivité ;
• Orientation des investissements privés ;
• Agencement des priorités par ordre d’importance ;
• Digitalisation complète et sécurisée des procédures ;
• Financemnt des investissements par ressources internes : niches fiscales et recouvrement de l’argent issu de la reddition des comptes ;
• Réforme de la justice, transparence des marchés publics ;
• Valorisation de l’économie sociale et solidaire.
• Industrialisation par substitution aux importations (ISI) vise à réduire les importations tout en renforçant les capacités industrielles locales ;
• Intégration progressive du secteur informel dans l’économie formelle ;
• Fiscalisation juste et égalitaire ;
• Moralisation de la vie publique en se basant sur les valeurs propres.
2. Renforcement du capital humain
Le capital humain étant la pierre angulaire du développement, le MD propose des réformes pour :
Assurer une éducation de qualité ;
Améliorer et généraliser l’accès à la santé publique ;
Donner aux citoyens les capacités nécessaires pour réaliser leur potentiel et contribuer au développement national ;
Adapter la formation au besoin du marché de l’emploi.
Réviser les curricula et encourager la formation professionnelle pour éviter la perdition scolaire coûteuse en budget
3. Inclusion sociale
L’inclusion sociale est un pilier central du MD. Elle se traduit par :
L’autonomisation des femmes ;
L’épanouissement des jeunes par la création d’emplois ;
La protection sociale des plus vulnérables ;
Le renforcement de la diversité culturelle et de la résilience et de la participation des populations.
4. Développement régional ou des terroirs
Le MD accorde une attention particulière au développement régional, visant à :
Redéfinir en zones économiquement viables ;
Repositionner les territoires comme moteurs de création de richesse ;
Garantir la durabilité des ressources naturelles ;
Renforcer la résilience face aux effets du changement climatique.
Les leviers de transformation
Pour assurer la réussite du MD, quatre leviers majeurs sont définis :
L’administration soutenue par la numérisation et l’e-gouvernance, comme levier clé de transformation et de changement ;
La sécurisation des ressources pour financer les projets prioritaires ;
L’intégration de la diaspora sénégalaise en tant qu’acteur clé de la transformation ;
La mobilisation des partenariats internationaux tout en privilégiant la co-entreprise, la co-traitance, le join-venture profitable et le partenariat win-win.
De plus, la mise en œuvre du MD nécessite l’engagement de tous les acteurs nationaux autour d’un Pacte national pour le développement, assurant ainsi la transparence et l’évaluation continue des réformes.
Le Sénégal est à l’aube d’une nouvelle ère où l’engagement collectif et les réformes structurelles doivent impérativement guider le pays vers un développement durable et inclusif. Le Modèle de Développement proposé, axé sur la transformation économique, le renforcement du capital humain, l’inclusion sociale et le développement régional ou des terroirs, constitue une feuille de route claire pour surmonter les défis auxquels le pays est confronté.
Ce référentiel de développement adopté doit être fondé sur une vision partagée et portée par un sigle mémorable, distinct des appellations génériques telle que “Projet” qui nécessite une application rigoureuse et des évaluations pour les corrections idoines.
Cependant, la réussite de ce modèle dépendra de la capacité des autorités à instaurer une gouvernance transparente, à redonner confiance aux citoyens, et à mobiliser toutes les forces vives de la nation, y compris la diaspora. La mobilisation autour d’un Pacte national pour le développement, accompagné d’une communication ouverte et d’une évaluation continue des politiques publiques, est essentielle pour créer un Sénégal prospère, juste et solidaire à l’horizon 2035. Ce nouveau départ exigera rigueur, engagement et détermination pour assurer un avenir stable, où chaque citoyen pourra contribuer et bénéficier des fruits de la transformation socio-économique.