De Guy Marius à Guy Tartuffe: Les masques tombent au Sahel (Par Adama Ndiaye)

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Il y a des hommes dont certains voudraient graver le nom au fronton de la probité, les ériger en phares dans la nuit. Pour beaucoup, Guy Marius Sagna est de ceux-là. Le tribun, l’activiste au verbe incandescent, le pourfendeur infatigable de l’injustice et de la prédation, celui qui, sous les règnes d’Abdoulaye Wade et de Macky Sall, a goûté aux geôles pour avoir refusé de se taire face aux velléités d’accaparement du pouvoir et de restriction des libertés. Mille gardes à vue, dit-on, pour la bonne cause : la démocratie et les droits de l’Homme. Un palmarès qui, il est vrai, force le respect.

 

 

Mais lorsque l’on observe l’élu, le parlementaire de la CEDEAO, faire corps avec ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’Alliance des États du Sahel (AES), une étrange dissonance se fait jour. Le « libre examen des actes et la critique » que l’on attendait de lui s’est mué en un silence assourdissant, voire en une approbation enthousiaste. Faut-il donc, pour être un anti-impérialiste patenté, accepter de se voiler la face devant les pires exactions commises par ceux-là mêmes que l’on érige en modèles de souveraineté ?

Au Niger, un président élu est retenu en otage, foulant aux pieds la légitimité populaire. Au Mali, l’ancien Premier ministre Moussa Mara a été embastillé pour un simple tweet dont la radicalité n’a frappé personne, si ce n’est la paranoïa d’un régime de transition. Au Burkina Faso, des journalistes, opposants, magistrats, figures de la société civile – l’avocat Me Guy Hervé Kam étant l’exemple le plus emblématique – sont jetés en prison, ou pire, envoyés manu militari au front, sans autre forme de procès. Des actes de répression d’une violence inouïe qui, sous d’autres cieux, auraient soulevé l’indignation tonitruante de Guy Marius Sagna.

Mais, ô surprise, l’homme reste de marbre. Son œil de lynx, si prompt à déceler – avec raison- la moindre tare chez les « ploutocrates » de la CEDEAO qu’il étrille avec délectation à Lomé ou ailleurs, se fait soudainement atteint de cécité sélective devant les dérives, infiniment plus graves, des régimes militaires du Sahel. La veuve et l’orphelin, dont il se voulait le défenseur, semblent avoir été relégués au rang de dommages collatéraux sur l’autel d’un panafricanisme dévoyé.

Si ce n’est pas là la définition même de la Tartufferie, alors il faut jeter le dictionnaire. L’ancienne idole, le GMS – appelons-le désormais GTS, pour Guy Tartuffe Sagna – s’est acoquiné avec l’exact opposé des valeurs qu’il prétend défendre. Il dénonce, à juste titre, les travers de la vieille garde, mais ferme les yeux sur les crimes de la nouvelle.

Le plus tragique, et le plus comique à la fois, dans cette affaire, c’est de réaliser que le Guy Marius Sagna que nous connaissons – l’agitateur, le lanceur d’alerte sans concession – n’aurait pas pu exister dans le Mali de Goïta, le Niger de Tiani ou le Burkina Faso de Traoré. Là-bas, l’activiste gênant ne ferait pas long feu. Il serait, au mieux, jeté dans une geôle insalubre, au pire, envoyé sans ménagement au front, pour servir de chair à canon aux jihadistes qu’on prétend combattre.

L’histoire, dit-on, est un juge implacable. Guy Marius Sagna est-il conscient que ses silences d’aujourd’hui, son adhésion sans condition aux régimes de l’AES, sont peut-être en train de ruiner un combat de toute une vie ? Car on peut être anti-impérialiste et pro-démocratie. On peut vouloir la souveraineté et le respect des droits humains. Le cas contraire n’est que Tartufferie. Et l’histoire ne pardonne jamais aux faux prophètes.