Conflit armé au Soudan: L’ambassadeur au Sénégal déplore le deuxième génocide dans la ville d’El Fasher
Depuis avril 2023, le Soudan est plongé dans un conflit dévastateur entre l’armée régulière (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF), une milice paramilitaire issue des anciennes janjawids du Darfour. Ce qui avait commencé comme une lutte de pouvoir à Khartoum s’est transformé en une guerre nationale, touchant pratiquement les 18 États du pays. Face à la gravité de la situation, l’ambassadeur du Soudan au Sénégal, SEM Abdelghani Elnaim A. Abdallah s’est adressé à la presse ce jeudi 6 novembre.
Après le génocide perpétré à El-Fasher le 26 octobre dernier par la milice terroriste dénommée « Forces de Soutien Rapide », l’ambassadeur du Soudan au Sénégal a alerté la communauté internationale. « Il s’agit malheureusement du deuxième génocide qui se produit en Afrique sous le regard du monde entier » a noté Son Excellence Abdelghani Elnaim. Ce massacre qui se déroule sous les yeux des Nations Unies, des organisations régionales et devant la communauté internationale inquiète au plus haut point le représentant diplomatique du Soudan au Sénégal. Malgré les tentatives de médiation entreprises par les États-Unis pour arriver à un cessez-le-feu et les communiqués de l’Union Africaine, « on ne peut pas négocier alors que la milice continue de recevoir des armes pour semer la terreur, sans aucun respect du médiateur qui est membre du Conseil de sécurité de l’ONU » a-t-il martelé.
Les combats, les bombardements et exactions ciblées ont fragmenté le territoire et provoqué un effondrement quasi total des institutions publiques
El-Fasher et Kadugli touchés par la phase 5 de la famine
Les données les plus récentes de l’ONU et de l’Organisation Internationale pour les Migrations révèlent que « plus de 24 millions de Soudanais souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, dont plusieurs millions en situation de famine imminente ».
En effet, deux zones ont officiellement basculé en phase 5, fortement dominées par la famine. Il s’agit d’El-Fasher au Nord-Darfour assiégé par la RSF, et Kadugli situé au Sud-Kordofan, le théâtre d’affrontements constants.
Le Darfour concentre la plus forte détresse, où l’on note des déplacements massifs, des violences intercommunautaires, la famine et la destruction de services sociaux de base comme les hôpitaux. Le Kordofan, zone charnière entre le Nord et le Sud, subit à la fois la faim et les combats.
Au centre, notamment à Khartoum et dans la Gezira, la situation demeure explosive, même si une trêve relative permet un léger retour des marchés
Près de 10 millions de déplacés internes
Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), « près de 10 millions de personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers depuis le début des hostilités. Des centaines de milliers ont trouvé refuge au Tchad, au Soudan du Sud, en Égypte et au Tchad oriental, aggravant la pression régionale ».
À l’intérieur du pays, de vastes zones sont désormais coupées de toute aide humanitaire en raison des combats ou des sièges imposés par les belligérants
Le silence inquiétant de la communauté internationale
Malgré les appels répétés du Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, la diplomatie mondiale reste divisée. Les tentatives de médiation menées par les États-Unis, l’Union africaine et l’IGAD n’ont pas encore abouti à un cessez-le-feu durable.
Pendant ce temps, la prolifération des armes, les ingérences étrangères, notamment celle des Émirats Arabes et l’absence d’accès humanitaire accentuent la désintégration du pays.
Au Soudan, le risque d’embrasement régional est même prévisible. L’ambassadeur estime que « si aucune solution politique n’émerge rapidement, le conflit pourrait déborder vers le Sahel et la Corne de l’Afrique. Actuellement, le Tchad, le Soudan du Sud et l’Éthiopie subissent déjà les conséquences humanitaires et sécuritaires de la crise. En dépit de la persistance du conflit, l’ambassadeur SEM Abdelghani Elnaim A. Abdallah a tenu à saluer le travail des forces armées soudanaises dirigées par le président Abdel Fattah Al-Burhan et les membres du Conseil souverain ainsi que le Pr Kamel Idris, président du Conseil des ministres du Soudan Le Soudan vit aujourd’hui l’une des plus graves catastrophes humanitaires du XXIᵉ siècle. Entre guerre, famine et exil, c’est un pays qui s’effondre à petit feu sous les yeux d’un monde impuissant.
La communauté internationale n’a plus le luxe d’attendre : sans cessez-le-feu immédiat, corridor humanitaire sécurisé et soutien logistique massif, la crise soudanaise risque de redessiner durablement la carte des crises africaines.