Cabale contre les hommes de médias: Comment Sonko conduit le Sénégal à un isolement international…

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L’opposant Ousmane Sonko qui a toujours défendu les libertés surtout la liberté d’expression, semble aujourd’hui ramer à contre courant de ses principes. Devenu premier ministre, on assiste de plus en plus à des interpellations d’hommes de médias dans un contexte où la quasi totalité de l’opinion pense à une tentative de musellement de la presse sous le prétexte d’un assainissement du secteur. Le Sénégal ne court-t-il  le risque d’une dictature ? Les conséquences pour l’État si jamais ce pilier de la démocratie qu’est la presse est réduite au silence ?

 

Voilà une question qui soulève des préoccupations légitimes concernant l’évolution de la situation politique au Sénégal sous le gouvernement d’Ousmane Sonko, en particulier en ce qui concerne la liberté d’expression et le rôle de la presse. MidiActu a fait une analyse de cette situation, tenant compte des dynamiques actuelles et des implications potentielles, tout en adoptant une perspective critique et équilibrée.

 

Ousmane Sonko et la liberté d’expression
Avant de devenir Premier ministre en avril 2024, Ousmane Sonko s’est forgé une réputation de fervent défenseur des libertés, notamment la liberté d’expression, en dénonçant les abus du pouvoir sous l’administration de Macky Sall. Son discours, souvent axé sur la souveraineté, la transparence et la justice sociale, a mobilisé une large partie de la population, en particulier la jeunesse. Cependant, depuis son accession au pouvoir aux côtés du président Bassirou Diomaye Faye, certaines de ses actions et déclarations ont suscité des inquiétudes quant à une possible contradiction avec ses principes antérieurs.
Des incidents rapportés, comme des interpellations de journalistes ou des critiques virulentes contre les médias, ont alimenté le débat. Par exemple, en juin 2024, Sonko a tenu des propos controversés, accusant certains organes de presse de diffuser des informations non vérifiées ou de chercher le sensationnalisme, ce qui a été perçu par certains comme une menace implicite contre la liberté de la presse. De plus, des enquêtes judiciaires visant des figures médiatiques pour diffamation ou diffusion de fausses nouvelles ont renforcé l’impression d’une pression accrue sur les médias.

 

Risque d’une dérive autoritaire ?
Même s’il est prématuré de qualifier le Sénégal de dictature, certains signaux par contre méritent une attention particulière. Une dictature se caractérise par la concentration du pouvoir, la suppression des contre-pouvoirs comme la presse, la justice ou l’opposition. Mais aussi l’absence de pluralisme et voici quelques éléments à considérer. Notamment des signes préoccupants tels que l’interpellation de journalistes, les convocations de figures médiatiques, même si elles aboutissent parfois à des libérations rapides. Ce qui crée un climat d’intimidation. Cela peut dissuader les médias de critiquer le gouvernement par peur de représailles. Il y’a aussi des discours clivants où Sonko a parfois adopté un ton virulent contre les médias, les accusant de collusion avec l’ancien régime ou de manque de professionnalisme. Ces critiques, bien que parfois fondées sur des problèmes réels dans le secteur médiatique sénégalais comme le sensationnalisme ou les conflits d’intérêts, risquent de délégitimer l’ensemble de la presse.
Contexte politique
La dissolution de l’Assemblée nationale en septembre 2024 et la tenue d’élections législatives en novembre ont renforcé le pouvoir exécutif et Pastef cherchait une majorité pour consolider son programme. Cela pourrait limiter les contre-pouvoirs institutionnels si l’équilibre parlementaire bascule massivement en faveur du parti au pouvoir.
Facteurs atténuants 
Le Sénégal bénéficie d’une tradition démocratique relativement solide en Afrique de l’Ouest, avec une justice qui, bien que parfois critiquée, conserve une certaine indépendance, et une société civile active.
En termes de réactions de la société, les critiques contre les interpellations de journalistes ont été rapides et unanimes, venant aussi bien de l’opposition que des organisations de défense des droits humains. Cela montre que l’espace démocratique reste vivant.
Dans un contexte de « règlement de comptes », le gouvernement Diomaye-Sonko s’est engagé dans une vaste campagne d’audits des finances publiques et de lutte contre la corruption, ce qui peut expliquer certaines tensions avec des médias perçus comme liés à l’ancien régime. Ces actions, bien qu’elles soulèvent des questions sur leur impartialité, ne traduisent pas nécessairement une volonté dictatoriale.
Ainsi, bien que le risque d’une dérive autoritaire existe, il dépendra de la capacité du gouvernement à respecter les principes démocratiques qu’il a lui-même défendus.
À ce niveau, une vigilance accrue de la société civile, des médias et de l’opposition sera cruciale pour éviter que ces tensions ne s’aggravent.
Conséquences d’une presse muselée
Si la presse, pilier essentiel de la démocratie, venait à être réduite au silence, les conséquences pour l’État sénégalais seraient graves à plusieurs niveaux. Notamment, la perte de transparence et de redevabilité. En effet, sans une presse libre pour enquêter et critiquer, le gouvernement pourrait agir sans rendre de comptes, favorisant la corruption et les abus de pouvoir. Cela contredirait directement les promesses de transparence de Sonko et Diomaye. Cela entraîne aussi une érosion de la confiance publique.
C’est d’autant plus vrai qu’une  population privée d’informations fiables risque de se tourner vers des sources non vérifiées tels que les réseaux sociaux et les rumeurs. Ce qui peut polariser davantage la société et alimenter l’instabilité.
Le Sénégal court le risque d’un isolement international
Le Sénégal jouit d’une réputation de modèle démocratique en Afrique. Une répression médiatique pourrait ternir cette image, affectant les relations avec des partenaires internationaux et les investisseurs, surtout dans un contexte où le gouvernement cherche à renégocier des contrats économiques. Les risques de tensions sociales ne sont pas également à exclure car, faut-il le rappeler, la jeunesse sénégalaise, moteur du succès électoral de Pastef, est très attachée aux libertés. Une tentative de museler la presse pourrait provoquer des manifestations, comme celles observées sous Macky Sall, menaçant la stabilité politique.

 

Affaiblissement de la démocratie
Une presse bâillonnée réduirait le pluralisme, limitant le débat public et la capacité des citoyens à participer pleinement à la vie politique. Cela pourrait ouvrir la voie à une concentration du pouvoir, contraire aux idéaux démocratiques. Pour éviter telle une dérive et préserver la liberté de la presse, plusieurs mesures pourraient être envisagées. Il faut absolument instaurer le dialogue avec les médias.
Un dialogue constructif avec les associations de presse pour répondre aux critiques sur le professionnalisme tout en garantissant leur indépendance.
Soutenir l’indépendance de la justice et des organes de régulation des médias pour éviter les abus de pouvoir. Ensuite, publier régulièrement des informations sur ses actions permettrait au gouvernement de réduire les spéculations et les tensions avec la presse.
Vigilance citoyenne
La société civile et les citoyens doivent continuer à défendre la liberté d’expression, en soutenant les médias indépendants et en dénonçant toute tentative de censure.
Tout compte fait, le Sénégal ne semble pas encore au bord d’une dictature, mais les récentes tensions entre le gouvernement d’Ousmane Sonko et les médias soulèvent des inquiétudes légitimes. Les interpellations de journalistes et les discours critiques envers la presse, même s’ils s’inscrivent dans un contexte de « règlement de comptes » avec l’ancien régime, risquent de fragiliser un pilier fondamental de la démocratie.
Si la presse était muselée, les conséquences seraient désastreuses du point de vue de la perte de confiance, d’une instabilité sociale, et d’un affaiblissement de la légitimité internationale du Sénégal. Cependant, la résilience de la société sénégalaise et la vigilance des acteurs démocratiques offrent une opportunité de rectifier le tir. Le défi pour Ousmane Sonko et Diomaye Faye sera de prouver que leur engagement pour la justice et la transparence inclut le respect des libertés qu’ils ont autrefois défendues.
Mamadou Sall