Affaire PRODAC: Bah Diakhaté perce le mystère d’un dossier qui n’en n’est pas un (analyse)
Avant son éviction du ministère de la Justice, Ousmane Sonko avait adressé une correspondance formelle demandant la réouverture de son procès en diffamation contre Mame Mbaye Niang. Dans sa réponse, le ministre avait clairement signifié l’impossibilité de revenir sur cette affaire close.
Il n’en fallait pas plus pour déceler la mainmise politique : le magistrat a été relevé de ses fonctions afin de promouvoir Yacine Fall, une militante farouchement acquise à la cause de Pastef. Cette nomination n’est pas anodine ; elle marque un virage vers une justice instrumentalisée.
Deux préoccupations majeures dominent désormais l’agenda de Yacine Fall :
– Légitimer les allégations d’Ousmane Sonko sur un « carnage » au PRODAC : L’objectif est de discréditer l’arrêt de la Cour suprême en amplifiant ces déclarations, transformant un revers judiciaire en scandale médiatique.
– Engager des poursuites contre trois anciens ministres de l’ère Macky Sall : Je reviendrai en détail sur ce dossier, mais il s’agit d’une offensive ciblée pour régler des comptes politiques.
Bien que ces initiatives se heurtent à un obstacle majeur au niveau de l’Avenue Roume, Ousmane Sonko persévère. La première fracture entre lui et Ousmane Diagne est née précisément de ce refus de céder à ce que l’on pourrait qualifier de « caprice primatorial ».
Face aux cadres de son propre parti, le Premier ministre l’avait publiquement dénoncé. Ousmane Diagne, inflexible, exigeait le respect strict des procédures légales, une exigence que sa successeure semble ignorer souverainement. Telle une figurine de baby-foot, elle s’agite désormais au gré des impulsions de celui qui tient la manette.
(Revenons sur l’Affaire Prodac, et je m’engage à une analyse exhaustive lors de notre prochain direct. Les accusations portées contre Pape Malick Ndour sont très éloignées de la réalité. Il s’agissait, comme je l’ai indiqué précédemment, de susciter une polémique retentissante autour du programme pour des motifs purement politiques.
Par ailleurs, comment interpréter la une de Libération, qui, par des formulations alambiquées, remet sur la scène publique le nom de Mame Mbaye Niang ?
La plus obtuse des observatrices y verrait une manœuvre évidente. Entre Mame Mbaye Niang et Khadim Ba, aucune rétrocommission n’était concevable. La raison est limpide : Khadim Ba avait contracté directement avec le ministère des Finances, alors dirigé par Amadou Ba. Nul ne peut ignorer les antagonismes virulents qui les opposaient à l’époque. Il est d’ailleurs pertinent de rappeler que, s’il avait eu quoi que ce soit à se reprocher, Mame Mbaye Niang n’aurait jamais sollicité l’IGF pour une inspection de la gestion du PRODAC, une démarche qui aurait offert à son adversaire Amadou Ba des munitions pour le discréditer.
Mais retenons d’emblée une chose essentielle dans cette affaire PRODAC : c’est la stratégie calculée d’Ousmane Sonko.
Au cœur de cette affaire se trouve une manœuvre ingénieuse. Son objectif ? Inciter la Cour suprême à rejeter sa demande de rabat d’arrêt, non pas malgré l’amnistie, mais précisément en s’appuyant sur elle. Une approche paradoxale en apparence, mais subtilement orchestrée : un tel rejet aurait généré un document officiel attestant que la loi d’amnistie couvre bel et bien sa condamnation pour diffamation.
Suivez mon regard : ce « sésame » judiciaire aurait servi de bouclier imparable.
Preuves à l’appui : Lors de l’audience du 1er juillet, le réquisitoire de l’Avocat Général s’est avéré particulièrement clairvoyant. Il réclamait explicitement le rejet de la demande, en arguant que l’amnistie rendait cette remise superflue, car elle englobe déjà le délit en question. Hélas pour Sonko, la Cour suprême n’a pas suivi cette ligne. Réunis en plénière, 37 magistrats sur 42 ont rendu une décision unanime et sans appel. Impossible pour eux d’éluder l’article 5 de la loi d’amnistie. Les juges ont tranché net que la condamnation pour diffamation de Sonko n’entre pas dans son champ d’application. Résultat ? Sonko est condamné aux dépens, et son espoir d’un certificat d’amnistie s’évapore.
Si la Cour avait validé le rejet au nom de l’amnistie, Sonko aurait pu agiter ce précieux document devant le Conseil constitutionnel, en cas de contestation de sa candidature à la présidentielle. Cette porte se referme brutalement. Qu’à cela ne tienne : il en entrouvre une autre, en exploitant l’affaire PRODAC pour attiser la polémique et exercer une pression publique. Une tactique classique pour transformer un revers en levier politique. Reste à voir si cette diversion portera ses fruits dans ce contexte politique déjà tendu, qui ouvre une période pré-électorale fortement contentieuse.
Quant au cabinet d’expertise, dans le cas de l’affaire Pape Malick Ndour, il s’est fondé sur le pré-rapport, ignorant délibérément le rapport définitif qui lie les parties. Il a omis de prendre en considération les réponses fournies aux auditeurs dans le rapport de la Cour des comptes, dont l’autorité prime sur celle des cabinets privés et de l’IGF.
En définitive, comme je l’ai exposé dans mes précédentes publications, ni les rumeurs colportées sur la place publique, ni les allégations du procureur financier dans ses réquisitoires introductifs ou supplétifs ne sauraient entraver la marche inexorable de notre parti, l’Alliance pour la République (APR), vers la reconquête du pouvoir.
La plume du procureur financier, qu’elle soit introductive ou supplétive, s’est gravement fourvoyée concernant Mansour Faye, Lat Diop, Sophie Gladima, Ndèye Saly Diop Dieng, Farba Ngom et Tahirou Sarr. Pape Malick Ndour en sortira la tête haute ; son dossier connaîtra le même sort que celui des 1 000 milliards du Covid-19.