Accord Sénégal–FMI 2026-2029: La réforme des subventions énergétiques va-t-elle raviver l’inflation ?

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Après trois années d’interruption consécutives à la découverte de données de dette falsifiées, qui ont porté le ratio dette publique/PIB à environ 121,3 % en 2024 (DPEE, 2026), le Sénégal et le FMI sont parvenus, le 1er septembre 2026, à un accord au niveau des services sur un nouveau programme de 2,2 milliards de dollars (environ 1 243 milliards de FCFA, soit 475 % de la quote-part du pays), au titre de la Facilité élargie de crédit, pour la période 2026-2029.

 

Un fait mérite d’être souligné : ce programme ne s’accompagne d’aucune restructuration formelle de la dette. L’ajustement budgétaire repose plutôt sur une consolidation des dépenses, au premier rang desquelles la réduction progressive des subventions à l’énergie. La question que pose naturellement tout observateur des programmes du FMI en Afrique subsaharienne est celle du risque inflationniste que porte ce type de réforme.

Une possibilité d’inflation bien réelle

Beaucoup de travaux sur les réformes de subventions énergétiques convergent vers un constat assez robuste : la baisse de ces transferts se répercute sur l’indice des prix à la consommation par au moins trois canaux: Le prix à la pompe et de l’électricité eux-mêmes, le coût du transport qui se diffuse aux prix alimentaires, et les anticipations d’inflation des agents économiques (Coady, Parry, Le et Shang, 2019 ; Banque mondiale, 2024).

Le cas nigérian illustre ce mécanisme de façon presque expérimentale : la suppression de la subvention à l’essence en mai 2023 a coïncidé avec un triplement du prix à la pompe, et l’inflation en rythme annuel a atteint 27 % en octobre 2023, dont 32 % pour les produits alimentaires (FMI, 2024).

Ce que prévoit concrètement le programme sénégalais

Le cas sénégalais présente toutefois des caractéristiques qui distinguent nettement sa trajectoire probable de celle du Nigeria. D’abord, le calendrier retenu n’est pas celui d’une suppression brutale : la cheffe de mission du FMI à Dakar, Mercedes Vera Martin, a précisé qu’il s’agissait d’une réduction graduelle « à moyen terme », les dépenses de subvention étant passées de 1,1 % à 3 % du PIB sous l’effet de la hausse antérieure des cours pétroliers, avec un objectif de retour sous 1 % du PIB d’ici 2029. Ensuite, la réforme vise un ciblage plutôt qu’une suppression uniforme : selon les chiffres avancés par le gouvernement, 65 % de l’enveloppe actuelle des subventions à l’énergie bénéficient aux 20 % de ménages les plus aisés, ce qui laisse une marge de rationalisation importante avant de toucher la consommation des ménages vulnérables, via un tarif social maintenu sur l’électricité et la préservation des petits conditionnements de gaz butane domestique.

Enfin, le point de départ macroéconomique diverge fortement du cas nigérian : l’inflation sénégalaise, après 0,8 % en 2024, s’est établie à 1,4 % en 2025 puis à 0,41 % en glissement annuel en juin 2026 (ANSD, 2026), un niveau qui offre une marge d’absorption d’un choc de prix sans basculement vers une spirale inflationniste, d’autant que le FMI anticipe une baisse des cours mondiaux du pétrole à moyen terme, facteur qui devrait atténuer le renchérissement du panier énergétique importé.

Le rôle du traitement de la dette sans restructuration

L’absence de restructuration de la dette dans cet accord n’est pas neutre pour la trajectoire des prix. Les épisodes de restructuration s’accompagnent généralement d’une prime de risque accrue et, dans les pays fortement endettés en devises, d’une pression sur le taux de change qui renchérit les importations, un canal d’inflation importée bien documenté dans la littérature sur les crises de dette souveraine (Reinhart et Rogoff, 2011). En privilégiant un ajustement budgétaire par la consolidation des dépenses plutôt qu’une décote imposée aux créanciers, et grâce à l’ancrage du franc CFA à l’euro sous l’égide de la BCEAO, le Sénégal limite ce canal spécifique de contagion des prix par le change. Le risque inflationniste du programme dépend donc presque exclusivement du calendrier et de la qualité du ciblage de la réforme des subventions, plutôt que d’un effet de change consécutif au traitement de la dette proprement dit.

Le point de vigilance : la qualité du ciblage

Le scénario nigérian de 2023 n’est donc pas directement transposable au Sénégal : le caractère graduel et ciblé de la réforme, un point de départ inflationniste bas, une conjoncture pétrolière favorable et l’absence de choc de change lié à la dette réduisent sensiblement le risque d’un dérapage généralisé des prix. Le principal risque à surveiller demeure opérationnel plutôt que macroéconomique: La capacité du dispositif de tarif social à couvrir effectivement les ménages vulnérables. L’ANSD recense plus d’un million de ménages considérés comme vulnérables, contre seulement 355 013 ménages pauvres actuellement couverts par les filets sociaux existants. Si le mécanisme de ciblage peine à combler cet écart, la hausse résiduelle des prix de l’électricité pourrait toucher des catégories censées être protégées, avec un effet de second tour sur les prix alimentaires comparable, quoique probablement d’ampleur plus modérée, à celui observé ailleurs en Afrique de l’Ouest.

 

EL HADJI MBAYE NIANG

ECONOMISTE 

CONSEILLER MUNICIPAL MAIRIE PARCELLES ASSAINIES

PRÉSIDENT FORCES DOXAL CI DEUG