Tribunal de Dakar: Le procès de Keylor renvoyé, le député nationaliste Tahirou Sarr réclamé à la barre

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Le créateur de contenu Papa Saliou Ciss, alias Keylor, a comparu ce mercredi devant le tribunal des flagrants délits de Dakar. Placé sous mandat de dépôt le 23 octobre pour collecte illicite de données personnelles, atteinte à la vie privée, incitation à la discrimination raciale ou ethnique ou à la haine raciale, conservation sur un support informatique de données à caractère personnel faisant apparaître l’origine raciale ou ethnique, ainsi que création et diffusion de messages représentant des idées ou des thèmes de nature raciale ou xénophobe, le prévenu a vu son procès renvoyé au 2 novembre prochain.

 

 

​L’avocat des parties civiles, Me Aboubacry Barro, réclame la comparution du député Tahirou Sarr, président du Mouvement nationaliste sénégalais / Jël Liñu Mom, qu’il présente comme étant à l’origine de toute cette affaire.

​Dans ce dossier, Keylor a été interpellé par la Sûreté urbaine de Dakar à la suite d’une plainte de la Fédération nationale des boutiquiers pour la modernisation (FNBM). L’affaire porte sur des vidéos publiées sur TikTok dans lesquelles le créateur de contenu met en cause des commerçants étrangers au sujet de la commercialisation de produits locaux.

​La plainte a été déposée le 27 août 2026 par El Hadji Boubacar Ba, président de la FNBM, qui affirme représenter plus de 35 500 commerçants sénégalais et étrangers. Le plaignant reproche à Keylor d’avoir diffusé des vidéos filmées dans des boutiques, accompagnées de commentaires qu’il juge diffamatoires et susceptibles d’attiser les tensions entre commerçants.

​Dans les vidéos incriminées, Keylor évoque l’absence, dans certaines boutiques, d’eaux produites au Sénégal, notamment Kirène, Séo et Casamançaise. Il s’interroge sur les raisons de leur indisponibilité et avance l’hypothèse d’un boycott au profit d’autres marques. Il mentionne également le sucre en morceaux de marque Canne.

​Pour Boubacar Ba, ces accusations ne reposent sur aucun élément probant. Dans sa déposition devant les enquêteurs, le président de la FNBM soutient que les ruptures de stock peuvent s’expliquer par des difficultés ordinaires d’approvisionnement. Il estime que les publications incriminées portent atteinte à la réputation des commerçants et risquent de créer des divisions au sein du secteur.

​Le plaignant reproche également à Keylor d’avoir filmé des commerçants et leurs marchandises sans leur consentement, avant de diffuser les images sur les réseaux sociaux. Dans sa plainte, il invoque la diffamation publique, l’injure publique, la dénonciation calomnieuse, la propagation de fausses nouvelles et l’incitation à la haine.

​Keylor se présente comme un lanceur d’alerte

​Entendu le 20 octobre par les enquêteurs de la Sûreté urbaine, Papa Saliou Ciss, menuisier âgé de 30 ans, a reconnu être l’auteur des vidéos publiées sur son compte TikTok @keylor1004. Il a toutefois contesté les accusations portées contre lui.

​Face aux policiers, il a expliqué avoir voulu attirer l’attention des autorités sur la disponibilité des eaux produites localement et défendre les intérêts des consommateurs. Il a affirmé que, dans la première vidéo, les commerçants savaient qu’ils étaient filmés. Pour la seconde, il a soutenu avoir flouté les visages afin d’éviter de leur porter préjudice.

​Concernant les accusations de boycott, le mis en cause a précisé qu’il n’avait formulé aucune accusation, mais simplement évoqué une éventualité. Keylor a également contesté toute volonté de stigmatiser les commerçants étrangers.

​Interrogé sur l’utilisation du terme « doxondem », qu’il a employé pour désigner des commerçants, Keylor a expliqué qu’il entendait par ce mot une personne qui n’habite pas dans le quartier, la commune ou la région concernée. Il a nié avoir voulu viser les boutiquiers étrangers en raison de leur origine.