Passation du pouvoir avant 2029: Le Sénégal, face au risque d’un « coup d’État constitutionnel » ?

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La question de savoir si le président Bassirou Diomaye Faye pourrait transmettre le pouvoir à son Premier ministre Ousmane Sonko avant la fin de son mandat en 2029, sans provoquer des tensions ou violences politiques au Sénégal, est complexe et dépend de plusieurs facteurs politiques, institutionnels et sociaux. En effet, depuis la dernière sortie de Diomaye, nombreux sont les sénégalais qui soupçonnent un « coup d’État constitutionnel » rampant.

 

 

La déclaration récente de Diomaye sur sa volonté de déléguer certaines responsabilités et d’avoir un Premier ministre « fort » reflète une dynamique inhabituelle dans un système politique sénégalais historiquement marqué par une hyperprésidentialisation. Depuis l’indépendance, le président de la République a toujours concentré l’essentiel du pouvoir exécutif, reléguant souvent le Premier ministre à un rôle de coordination subalterne. Cette sortie pourrait donc être interprétée comme une tentative de rééquilibrer les pouvoirs au sein de l’exécutif, en ligne avec les promesses de rupture institutionnelle portées par le duo Faye-Sonko lors de leur campagne en 2024. Cependant, elle alimente aussi les spéculations sur une possible passation anticipée du pouvoir à Sonko, leader du Pastef, dont Bassirou Diomaye Faye a été le « plan B » après l’invalidation de sa candidature.
Faisabilité institutionnelle
Sur le plan juridique, la Constitution sénégalaise ne prévoit pas de mécanisme simple pour qu’un président en exercice cède volontairement le pouvoir à son Premier ministre avant la fin de son mandat. L’article 39 dispose que le président est le chef de l’exécutif, et l’article 42 lui attribue des pouvoirs étendus, notamment la nomination du Premier ministre, qu’il peut révoquer à sa discrétion. Une démission volontaire de Diomaye (article 37) entraînerait une vacance du pouvoir, avec une succession temporaire assurée par le président de l’Assemblée nationale, suivie d’une nouvelle élection présidentielle dans les 60 à 90 jours (article 31). Cela exclut une transmission directe à Sonko sans passer par un scrutin.
Pour contourner cela, une réforme constitutionnelle serait nécessaire, par exemple pour instaurer un régime semi-présidentiel où le Premier ministre deviendrait le véritable détenteur du pouvoir exécutif.

 

Réforme de la trahison…

Le peuple sénégalais, bien que majoritairement favorable au tandem Faye-Sonko en 2024 (Faye ayant remporté 54,28 % des voix dès le premier tour), reste vigilant face à tout ce qui pourrait ressembler à une manipulation politique. Les trois années précédant l’élection (2021-2024) ont été marquées par des violences politiques graves, avec des dizaines de morts lors de manifestations liées à l’arrestation de Sonko et aux tentatives de Macky Sall de prolonger son pouvoir. Ces événements ont laissé des traces, et une partie de la population, y compris certains soutiens du Pastef, pourrait voir une passation anticipée comme une trahison des promesses de transparence et de démocratie renforcée.
Possible regain de tension
L’opposition, bien qu’affaiblie après sa déroute électorale, ne manquerait pas de mobiliser ses bases pour dénoncer une telle manœuvre. Des figures comme celles de l’APR le parti de Macky Sall ou du PDS la formation politique d’Abdoulaye Wade pourraient rallier des mécontents, notamment dans les zones urbaines comme Dakar, où le Pastef a déjà dû gérer des critiques sur sa gouvernance. De plus, la jeunesse, moteur de la victoire de 2024, est versatile et exigeante : si elle perçoit que le « projet » Faye-Sonko dévie vers des arrangements personnels plutôt que vers les réformes promises comme la baisse du coût de la vie, la lutte contre la corruption, ou la souveraineté économique, elle pourrait se remobiliser dans la rue.
Quid de la stabilité du Sénégal ?
Pour que ce projet soit réalisable sans replonger le Sénégal dans la violence, plusieurs conditions devraient être réunies.
Au regard de la légitimité populaire, une communication claire et un large consensus seraient indispensables. Si Diomaye Faye justifie une passation anticipée par des raisons crédibles (santé, stratégie politique pour 2029), et si Sonko conserve son aura, une partie de l’opinion pourrait l’accepter.
Au niveau du cadre légal, il faut noter que toute réforme constitutionnelle devrait être menée avec une transparence exemplaire, impliquant des  consultations publiques et débats inclusifs, pour éviter l’impression d’un passage en force. Pour un souci d’apaisement politique, le gouvernement devrait éviter de nouvelles vagues de répression ou d’arrestations d’opposants, contrairement à ce qui s’est vu sous Macky Sall, pour maintenir la paix sociale.
Sans ces précautions, le risque de tensions est réel. Des manifestations pourraient éclater, surtout si l’opposition ou des factions dissidentes du Pastef exploitent le mécontentement. Au demeurant, le Sénégal a montré sa capacité à surmonter des crises par le dialogue et la résilience démocratique, mais une telle transition testerait ses limites.
Le duo Sonko-Diomaye à ses risques et périls 
En l’état, céder le pouvoir à Sonko avant 2029 est techniquement possible via une réforme constitutionnelle, grâce à la majorité parlementaire du Pastef. Cependant, sans une gestion habile et inclusive, cela pourrait raviver les tensions politiques et dégénérer en violence, surtout dans un contexte où les attentes populaires sont immenses et les institutions encore marquées par des années de polarisation. Le duo Faye-Sonko, qui a bâti sa légitimité sur la rupture et la justice, jouerait gros en s’engageant dans une telle voie. Pour l’instant, rien n’indique un projet concret en ce sens ; les soupçons restent des spéculations alimentées par la dynamique unique de ce tandem au pouvoir.